Un être humain peut vivre 3 semaines sans se nourrir (=sans Energie), 3 jours sans boire (= sans Eau) et 3 minutes sans respirer (= sans Air). Energie, Eau et Air sont 3 éléments essentiels à la vie. D’où la question : combien de temps nous reste-t-il avant de mettre notre planète en réel danger, 3 ans ou 3 siècles ?
Dans les rapports de l’homme avec la nature, le changement climatique est, je pense, un des défis clés qui se pose à l’humanité.
Il faut y voir une double dimension : celle de l’espace et celle du temps.
La dimension de l’espace, car c’est la planète entière qui est concernée.
C’est en effet probablement la première fois dans l’histoire de l’humanité que celle-ci est confrontée à un problème, qui ne peut être traité que globalement au niveau de la terre entière.
La dimension du temps, car le danger ne paraît jamais immédiat, et nous estimons que nous avons toujours 3 minutes, 3 jours ou 3 semaines de répit.
Nous sommes en réalité dans une situation d’emprunteur vis-à-vis des générations futures dans un système global. Il nous faudra restituer sous forme de progrès.
Toutes les organisations sociales et sociétales de la planète sont concernées par cette nouvelle problématique : les citoyens, les Etats, les ONG, et bien sûr les Entreprises.
Et en premier lieu, les grandes entreprises internationales. Pourquoi ?
D’abord parce qu’elles sont parmi les premiers utilisateurs des ressources naturelles de la planètepour produire les biens nécessaires à l’humanité. Elles sont donc en première ligne pour développer des attitudes responsables dans l’utilisation durable de ces ressources, et prévenir leur épuisement.
Ensuite parce que ces grandes entreprises peuventégalement apporter des solutions, notamment technologiques, à la préservation de la planète :
À Air Liquide, nous estimons que les applications de nos produits qui contribuent à préserver de façon proactive l’environnement et la vie représentent 1/3 de notre chiffre d’affaires.
D’autre part, plus de la 1/2 de notre budget de R&D est consacré à ces thèmes :
Enfin, parce que les Etats eux-mêmesvoient leur rôle changer, puisqu’ils ne peuvent agir à l’intérieur des frontières des autres Etats, que comme partenaire ou négociateur, alors que les grandes entreprises opérant dans le monde entier, et pour certaines d’entre elles depuis longtemps (AL fête cette année ses 100 ans au Japon), jouent un rôle direct et croissant dans l’équation de préservation de notre planète.
Il me semble que les initiatives économiques que nous, les entreprises, pouvons et devons prendre dans ce domaine s’inscrivent dans 3 horizons de temps, et il nous faut agir sur les 3 :
Le court terme, car de nombreux produits existent déjà.
Exemple dans notre industrie : l’hydrogène pour permettre aux raffineurs de produire des carburants sans soufre, et donc de réduire les émissions dans l’atmosphère des oxydes de soufre, à l’origine des pluies acides.
Ou les biocarburants de « première génération » dont notre ingénierie allemande construit les unités de production L’enjeu est d’investir et de prendre des parts de marché là où les marchés se développent. C’est donc une question classique de prise de risques et de rentabilité économique, mais nous devons bouger.
Le moyen terme, car nous savons que des décisions d’aller de l’avant ont déjà été prises par certains industriels ou certains Etats.
Exemple dans notre industrie : la combustion à l’oxygène pur qui permet de concentrer les émissions de CO2 dans les cheminées des usines de production rendant ainsi sa capture beaucoup plus économique, et son stockage à long terme envisageable. C’est une des voies pour produire de l’énergie électrique ou thermique propre, et des pilotes industriels utilisant cette technologie d’oxycombustion sont en cours de construction en France et au Canada.
Autre exemple pour nous : l’industrie photovoltaïque, en plein essor et grande consommatrice de nos produits, qui requiert encore le soutien des Etats pour se développer. Ou encore les biocarburants dits de « deuxième génération » qui, laissant le « fruit » de la plante pour l’alimentation, utiliseront le reste des plantes pour produire des carburants, sujet sur lequel travaille aussi notre ingénierie allemande.
L’enjeu est ici d’anticiper et de prendre quelques décisions notamment en termes de développement de pilotes industriels, mais aussi de renforcement de compétences et de recrutement.
Enfin le long terme, car d’autres idées ou technologies existent et ont déjà été testées, même si elles ne sont pas encore au niveau requis de compétitivité.
Exemple pour Air Liquide : l’hydrogène de la pile à combustible, vecteur d’énergie propre conduisant à zéro pollution locale. Cet hydrogène n’est pas encore totalement « vert », mais conduit à des émissions au moins 30% inférieures à un très bon diesel. Les coûts étant encore à ce stade prohibitifs, il reste des étapes à franchir dans ce domaine, mais qui ne sont pas inhabituelles ni insurmontables pour une industrie. Nous sommes d’ailleurs « chef de file » d’un programme sur ce sujet en cours de soumission à l’Agence d’Innovation Industrielle.
Ma conviction est qu’il est primordial de mettre l’innovation au cœur de la réflexion stratégique de l’entreprise, quel que soit l’horizon de temps. Il est aussi essentiel de maintenir un cadre incitatif voire de l’étendre. C’est ce que font de nombreux autres pays, et la compétition sera impitoyable.
Sur ces 3 horizons de temps, il est évident que trois produits joueront un rôle clé pour la préservation de notre atmosphère, l’oxygène, l’hydrogène et le CO2, ce qui n’est pas pour nous déplaire, vous vous en serez doutés. Le Groupe Air Liquide entend bien jouer pleinement son rôle dans ces domaines, bien entendu.
C’est donc moins par une limitation de la production ou par l’accumulation de contraintes que nous trouverons la solution, mais plus par une sorte de redéfinition environnementale des métiers et des produits de l’entreprise, car il ne faut pas oublier qu’une entreprise peut en rendre une autre plus propre.
Cela se traduira par des investissements pour la communauté mondiale : il faut s’y préparer, et pour cela expliquer et communiquer, créer l’environnement fiscal et concurrentiel adéquat, et promouvoir l’innovation et la prise de risques.
Des indicateurs pertinents devront aussi être élaborés. On peut penser à une sorte de Retour sur Investissement Immatériel, au côté du traditionnel Retour sur Capitaux Employés.
Pour conclure, par affinité pour les fables de La Fontaine, je dirai qu’entre le « Rien ne sert de courir, il faut partir à point », et le « Que faisiez-vous au temps chaud ? - Je chantais ne vous déplaise ! - Vous chantiez, j’en suis fort aise, et bien dansez maintenant », il nous faut trouver notre morale.
Je vous remercie.
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