Capter le CO₂ pour décarboner le bassin industriel de Rotterdam

Publié le 23 mai 2025

6 minutes

Air Liquide est l’un des quatre premiers clients du projet Porthos, une initiative d’envergure visant à capter et stocker les émissions de CO₂ du plus grand port industriel d’Europe. Objectif : réduire significativement l’empreinte environnementale de la zone portuaire de Rotterdam aux Pays-Bas, grâce à une solution ambitieuse de captage et séquestration du carbone (CCS).

Depuis les bureaux du World Port Center de Rotterdam, on peut voir les raffineries, les complexes pétrochimiques et industriels qui bordent les rives de la Nieuwe Maas en direction de la mer du Nord. À l'horizon, on aperçoit les éoliennes offshore et, plus au nord, plus de 3 kilomètres sous le niveau de la mer, se trouvent les champs de gaz épuisés dans lesquels jusqu'à 37 millions de tonnes de CO₂ seront séquestrés grâce au projet Porthos.

"Nous transformons le port de Rotterdam en une zone durable à faibles émissions, conformément à la stratégie européenne de gestion du carbone industriel", déclare Jeroen Steens, Directeur livraison commerciale pour le port de Rotterdam.

Le port de Rotterdam est le plus grand port d'Europe et le centre de transport d'énergie le plus important du continent. Générant 30,6 milliards d'euros, soit 3,2 % du produit intérieur brut (PIB) néerlandais, et plus de 193 000 emplois directs et indirects, la zone portuaire est responsable d'environ 15 % des émissions de CO₂ des Pays-Bas. C'est pourquoi le projet Porthos de transport et de stockage de CO₂ est au cœur de la nouvelle infrastructure de la région de Rotterdam. La construction du projet a commencé début 2024 et celui-ci devrait être opérationnel en 2026. Air Liquide joue un rôle de premier plan dans le développement du captage du carbone, qui permet de produire de l'hydrogène avec une empreinte carbone nettement plus faible.

Capter le carbone sur notre site de Rozenburg

Sur le site de l'usine d'hydrogène d'Air Liquide à Rozenburg, des travaux sont en cours pour installer une nouvelle unité de captage du carbone Cryocap™. "C'est ici que la nouvelle unité sera construite”, indique Martijn Lub, Directeur du projet. "Le site a été déblayé et les travaux de terrassement et de génie civil sont prêts à démarrer. Une fois installées, des canalisations relieront l'unité Cryocap™ à l’unité de vaporeformage du méthane (SMR) située à proximité, ainsi qu’au gazoduc du projet Porthos."

"Les défis sont nombreux lorsqu'il s'agit de travailler sur un projet de cette taille et de cette complexité dans une usine en activité", explique Ozge Bolcal, Directrice de projet pour Capital Implementation Europe. "Les études d'ingénierie préliminaires nous ont aidés à identifier les éléments à long délai de livraison et à travailler sur des solutions techniques avec nos partenaires et fournisseurs pour gagner du temps et anticiper les risques potentiels”. 

“Nous utilisons une approche de construction modulaire, dans laquelle les modules complexes et de grande taille sont assemblés en usine et transportés sur le site du projet, minimisant ainsi les travaux de construction sur le site. Les principales activités de révision qui impliquent l'arrêt du SMR - à savoir la mise en place de plus de 100 raccordements et la mise en service des nouvelles unités pour relancer la production - auront lieu en 2026."

Le captage et la séquestration du carbone (CCS) consiste à capter le CO₂ issu des procédés industriels, puis à le transporter en vue d'une séquestration permanente, soit dans des gisements de pétrole et de gaz épuisés, soit dans des aquifères salins. Différentes technologies existent et le CCS est une solution qui peut être mise en œuvre rapidement et efficacement pour les industries difficiles à décarboner telles que le ciment, l'acier et la chimie.

La technologie Cryocap™ d'Air Liquide utilise un procédé à basse température pour condenser et séparer le dioxyde de carbone lors de la production d'hydrogène. "Cette nouvelle unité captera les émissions de CO₂ du SMR, réduisant ainsi de moitié les émissions globales du site", explique Tom Eikmans, Directeur Senior Business du projet Porthos chez Air Liquide. Alimentée par de l'électricité renouvelable, la nouvelle unité sera plus efficace et aura une empreinte carbone plus faible que tous les procédés concurrents.

Création d'une chaîne de valeur intégrée du CCS, du captage à la séquestration

Pour développer la chaîne de valeur du CCS, Air Liquide partage son expertise et ses technologies liées au CO₂ avec des partenaires spécialisés dans le captage et le transport. L'objectif du Groupe : accélérer le développement du CCS à l'échelle mondiale, avec des projets en cours en Europe, en Amérique du Nord et en Asie.

Tom Eikmans nous conduit vers le connecteur qui amènera le carbone capturé par l'unité Cryocap™ jusqu’au gazoduc du projet Porthos. "Il est essentiel de développer une approche centrée sur l’écosystème avec de solides partenariats privés et publics pour décarboner les bassins industriels clés grâce à des programmes de CCS à grande échelle."

Ce projet d'infrastructure massif représente un investissement public-privé de 1,3 milliard d'euros, entrepris par le port de Rotterdam, Nederlandse Gasunie et EBN1. Il intègre un gazoduc terrestre qui traverse la zone industrielle portuaire sur 30 kilomètres jusqu'à une station de compression à Maasvlakte, et qui relie les quatre premiers clients industriels du projet : Air Liquide, Air Products, ExxonMobil et Shell. Ensemble, ils se sont engagés à capter 2,5 millions de tonnes de CO₂ par an.

"Il est très important de travailler avec des acteurs industriels établis comme Air Liquide, qui apportent leur expérience et leur expertise en matière de CO₂, de technologies et d'opérations industrielles. Leur contribution est très appréciée et très précieuse pour le développement du système Porthos", explique Hans Meeuwsen, Directeur du projet Porthos.

En 15 ans, 37 millions de tonnes de CO₂, soit environ 10 % du CO₂ émis par les activités industrielles à Rotterdam, seront stockées de manière sûre et permanente à 3 000 mètres sous la mer du Nord.

Un projet dimensionné pour l'avenir

Ce projet n'est qu'un début. "Le pipeline a été dimensionné pour transporter jusqu'à 10 millions de tonnes par an. Le plan consiste à construire un réseau industriel de CCS reliant de futurs projets dans toute l'Europe du Nord. Notre ambition est de développer une chaîne de valeur CCS pour parvenir à décarboner la région sans la désindustrialiser", déclare Hans Meeuwsen.

L'infrastructure est essentielle à la réussite de la transformation du port de Rotterdam. "Nous avons environ 80 projets en cours dans le but d’atteindre nos objectifs de réduction des émissions", explique Jeroen Steens. "Le CCS est l'une des solutions pour aider les industries à se décarboner le temps de trouver les moyens de remplacer les combustibles fossiles. En établissant un réseau européen pour le transport et le stockage du CO₂, nous contribuons également à la création de nouvelles industries telles que la production de carburants synthétiques”.

Passer de millions de tonnes à des giga tonnes captées grâce au CCS

L'industrie doit relever le défi de la neutralité carbone. Comme l'ont souligné les récents rapports du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) et de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), le CCS est une technologie pertinente qui peut être utilisée dès à présent pour capturer d'importants volumes de CO₂ émis par l'industrie. Mais l'augmentation de l’ampleur des projets nécessitera un cadre réglementaire plus clair pour soutenir les investissements nécessaires.

Jeroen Steens, Directeur livraisons commerciales au port de Rotterdam, estime qu’"il faut des réglementations claires dans une perspective à long terme. Le cadre doit être renforcé pour permettre l'octroi rapide de permis avec des régimes de subventions offrant des conditions acceptables à la fois pour les gestionnaires des infrastructures et pour les industriels émetteurs de carbone."

Hans Meeuwsen, Directeur du projet Porthos, partage ce point de vue. "Les projets de CCS impliquent souvent des coûts importants. Par conséquent, des subventions et des taxes sur le carbone plus élevées sont essentielles pour les rendre rentables. Le développement du CCS permettra de réduire les coûts grâce aux économies d'échelle, mais les taxes sur le carbone devront encore augmenter pour encourager les acteurs industriels à réduire les émissions de CO₂. Car, en fin de compte, c'est l’objectif que nous voulons tous atteindre."

1. Energie Beheer Nederland : l’entreprise nationale néerlandaise dans le secteur du pétrole et du gaz