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L'économie circulaire

Un modèle de rupture

L’économie circulaire vise à produire des biens et des services tout en limitant la consommation et le gaspillage des matières premières, de l’eau et des sources d’énergie. En somme, un nouveau modèle économique. Décryptage par notre invité, l'Économiste du climat, Christian de Perthuis.

Comment définissez-vous l’économie circulaire ?

Le concept d’économie circulaire a été popularisé à l’aube des années 2000 aux États-Unis. Il s’adresse aux acteurs publics chargés du développement durable et territorial et aux entreprises à la recherche de performance économique, sociale et environnementale. Il concerne plus largement la société tout entière, qui doit réinterroger ses besoins. Au départ, l’économie circulaire a été assimilée au recyclage et à la préservation des matières premières. Mais c’était une vision assez réductrice.

Aujourd’hui, on considère l’économie circulaire comme un modèle de rupture, qui s’appuie plus globalement sur les grands cycles naturels que sont le climat, l’eau ou encore la biodiversité. L’idée n’est pas seulement d’économiser les matières premières mais aussi de réconcilier les méthodes de production et de consommation avec ces cycles naturels. C’est un changement de perspective important. Au lieu de considérer l’environnement comme une ressource, un stock dans lequel on va puiser, on l’envisage comme un ensemble de fonctions régulatrices nécessaires à la préservation et à la régénération des ressources.

L’économie circulaire est un modèle de rupture qui s’appuie sur les grands cycles naturels que sont le climat, l’eau ou encore la biodiversité

En quoi l’économie circulaire contribue-t-elle à la transition énergétique ?

Quand on remplace une source fossile – comme le pétrole – par une énergie renouvelable – comme le biogaz –, on quitte le schéma linéaire « extraction d’un fossile > combustion > rejets de CO2 dans l’atmosphère » et on amorce un nouveau schéma pour recycler ou réutiliser les ressources, afin de réduire les émissions dans l’atmosphère. Même constat pour l’éolien ou le photovoltaïque : ces énergies renouvelables s’inscrivent directement dans le cadre de l’économie circulaire car elles se calquent sur les cycles naturels du soleil et du vent.

Autre exemple : l’utilisation de l’hydrogène comme nouvelle source d’énergie propre. Stocké, l’hydrogène peut être transformé en électricité et réinjecté dans le réseau électrique, ou servir à alimenter la pile à combustible d’un véhicule. La transition énergétique, portée par l’utilisation croissante des énergies renouvelables, s’inscrit donc le plus souvent dans un schéma d’économie circulaire.

Quel est le fondement économique de ce système ?

La raison de fond qui conduit à la destruction du capital naturel est la gratuité de son usage. Par exemple, les ménages n’ont généralement pas d’incitation économique à réduire les déchets. Le coût des nuisances environnementales et du retraitement des déchets n’est que marginalement intégré dans les prix des biens et des services que nous échangeons. Pour généraliser l’économie circulaire, il faut changer de système de prix en intégrant les dommages environnementaux dans la valeur des produits échangés. Il ne s’agit pas de donner un prix à la nature, mais de mesurer les impacts environnementaux de nos modes de fonctionnement, afin de les imputer à leurs auteurs.

Quelles sont les bonnes pratiques dans l’industrie ?

Ce n’est pas facile d’établir un panorama, car les contextes sont très différents d’un secteur à l’autre. Le mouvement a déjà démarré dans les industries lourdes de biens intermédiaires, comme le verre ou le papier. Les incitations économiques y sont importantes du fait du poids des matières premières et de l’énergie dans le coût de production. Dans le verre, on économise environ 40 % d’énergie grâce à l’utilisation du calcin (verre recyclé). Les papetiers pratiquent le recyclage depuis longtemps et se sont interrogés assez tôt sur l’origine de la pâte à papier et ses conséquences sur la déforestation.

Il y a aussi de plus en plus de petites entreprises et de start-up qui font dès le départ le pari de l’économie circulaire, par militantisme ou par stratégie.

Quels pourraient être les accélérateurs de l’économie circulaire ?

La généralisation de la tarification environnementale pour changer le système de prix me semble être le premier levier. Mais il y en a beaucoup d’autres. Le développement de l’économie circulaire est étroitement associé à celui de l’économie de la fonctionnalité, qui privilégie l’usage à la propriété. Voyez la mobilité : l’autopartage se diffuse rapidement et permet de réduire drastiquement les gaspillages résultant de la sous-occupation des véhicules particuliers. Pour les entreprises, la sécurité des approvisionnements est un autre accélérateur. Le principe de circularité permet en effet d’assurer la régularité et la qualité du sourcing des matières premières ou des produits intermédiaires. L’innovation technologique ou organisationnelle est bien sûr un autre moteur essentiel de l’économie circulaire. Une prise de conscience sociale est aussi en marche : les aberrations écologiques et le montant absurde des gaspillages induits par nos modes de production et de consommation sont de moins en moins acceptés. Les citoyens y sont sensibles.

Biographie

Christian de Perthuis, économiste, est professeur à l’Université Paris-Dauphine et Fondateur de la Chaire d’économie du climat. Spécialisé dans l’économie du changement climatique et de la transition écologique, il a consacré une part importante de ses recherches à la fiscalité « verte ». Il a notamment présidé le Comité pour la fiscalité écologique, une instance française de consultation et d’expertise.