Craquage d'ammoniac : Une unité industrielle prend vie à Anvers
Publié le 26 novembre 2025
4 minutes
Nous nous sommes rendus dans les coulisses d’un chantier exceptionnel à Anvers, où une unité pilote inédite de craquage d'ammoniac est “sortie de terre”. Plus qu’une prouesse technologique, c'est l'aboutissement d’un véritable travail d’équipe au service de la transition énergétique. Cette unité, désormais opérationnelle, permettra de convertir de l’ammoniac en hydrogène à échelle industrielle. Elle ouvre la voie à de nouvelles chaînes d’approvisionnement bas carbone. A découvrir en vidéo.
Au cœur du chantier à Anvers
Nous sommes en Belgique, dans le port d’Anvers-Bruges. Autour de nous, le ballet des techniciens et le bourdonnement des machines donnent le pouls du chantier. C'est une première mondiale qui prend vie sous nos yeux. Preuve qu’en Europe, l’avenir de l'énergie est déjà en marche.
Chaque jour, des hommes et des femmes contribuent à l’avancement du chantier en assemblant les briques technologiques nécessaires à ce procédé innovant. Nous avons pu échanger avec plusieurs protagonistes clés impliqués dans la concrétisation de ce projet emblématique de l’énergie bas carbone.
De la R&D à l’usine
Ce passage réussi du laboratoire au site industriel est le fruit d'un travail collaboratif. Les équipes d'Air Liquide nous le confirment unanimement. C'est cette synergie entre la R&D et les équipes d'Ingénierie et des Opérations qui a permis de transformer une vision en une réalité industrielle.
À nos côtés, Nicolas Ramenatte, Responsable de l'équipe Intégrité des matériaux au sein du Campus Innovation Paris d’Air Liquide, regarde le site avec fierté. Il ne s'agit pas seulement d'une prouesse technique ; c'est une aventure humaine. Il insiste sur la dimension internationale du projet, évoquant cet « esprit d'équipe très fort » qui a permis aux entités de plusieurs pays de s'unir pour un même objectif.
Pointant du doigt les installations en marche, Ilona Clabaut, superviseure de la mise en service du site, souligne : « C'est une première mondiale à cette échelle. Avec une capacité de conversion de 30 tonnes par jour, cette unité marque une étape majeure ». L'enthousiasme est palpable. Les tests en cours permettront de recueillir les données essentielles pour développer des unités encore plus grandes, précise-t-elle. « Cette unité est la pierre angulaire du développement de la technologie de craquage de l'ammoniac. » explique Michael Lutz, Ingénieur procédés senior chez Air Liquide. Felix Cock, Responsable Technologie de Transition Énergétique chez Air Liquide, confirme : « Nous travaillons à accroître l'échelle de cette usine pilote dans le cadre du projet Enhance, qui comprend un craqueur d'ammoniac à grande échelle et un liquéfacteur d'hydrogène innovant. »
Ammoniac : le maillon clé pour transporter l’hydrogène à grande échelle
L’ammoniac (NH₃) est désormais identifié comme un vecteur essentiel pour l’importation et la production d’hydrogène renouvelable et bas carbone. À Anvers, le procédé mis en œuvre permet d’extraire l’hydrogène (H₂) et l’azote (N₂) de l’ammoniac grâce à la chaleur et à un catalyseur. Le processus s'effectue sans émission de CO₂ en fin de cycle.
Son principal atout ? Il répond au défi majeur de l’hydrogène : le transport. L’ammoniac constitue en effet un support efficace pour acheminer cette molécule volatile sur de longues distances, partout dans le monde. Et l’infrastructure existe déjà : chaque année, 25 millions de tonnes d’ammoniac circulent à l’échelle mondiale, à travers des réseaux de transport et de stockage déjà opérationnels.
Un objectif prioritaire : décarboner la production d’hydrogène
L'unité d’ammoniac, installée au cœur du bassin d’Anvers, un pôle industriel stratégique, est la pierre angulaire d'une nouvelle chaîne logistique hydrogène à l’échelle mondiale. Comme nous l'explique Felix Cock, le projet vise à « déverrouiller une nouvelle technologie, un nouveau procédé pour fournir de l'hydrogène renouvelable et bas carbone » aux clients des secteurs de la chimie, de la pétrochimie et de la mobilité lourde.
Cette avancée technologique marque un tournant. Elle ouvre la voie à un modèle où l’ammoniac, produit dans des régions riches en énergies renouvelables, serait acheminé vers les grands pôles industriels. Il y serait alors converti en hydrogène renouvelable. « En développant le craquage de l'ammoniac, nous nous rapprochons d'une économie neutre en carbone », conclut Felix Cock.
Avec ce projet, Air Liquide démontre la viabilité du craquage d'ammoniac à taille industrielle. Cela témoigne de sa capacité à innover et à apporter des solutions concrètes à ses clients, tout en contribuant à la transition énergétique.