Aquaculture : le développement durable se cultive dans l’eau

Publié le 26 octobre 2022

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Dans un monde où la population et la consommation individuelle ne cessent de croître, l'aquaculture suscite l'intérêt pour les promesses qu'elle porte en matière de transition alimentaire. Concrètement, depuis trois ans, la production mondiale de poisson d’élevage dépasse le volume total de pêche en milieu naturel. Mais qu’est-ce que l’aquaculture ? Comment peut-elle rendre l’industrie agroalimentaire plus durable ? Et comment Air Liquide prend-il part à cet effort ?

L’aquaculture en bref

L’aquaculture est la culture de plantes et d’animaux aquatiques dans des conditions naturelles ou contrôlées. Elle peut désigner la culture de poisson, d’algues, d’huîtres ou d’autres coquillages, dans une eau saumâtre, douce ou saline, au sein de milieux artificiels (étangs, bassins) ou naturels (en mer : on parle alors de mariculture).

Ce mode d’élevage présente de nombreux avantages. Un atout notable est l’indice de consommation du poisson : le poids des aliments ingérés durant son élevage est divisé par le poids de l’animal. Ainsi, si 2,63 kg d’aliments sont nécessaires pour produire 1 kg de porc, il ne faut que 1,3 kg pour le même poids de saumon de l’Atlantique. En outre, les cultures aquatiques permettent une meilleure gestion de l’espace, car l’eau implique un stockage en trois dimensions.

D’un point de vue environnemental, les fermes piscicoles modernes n’impactent pas les écosystèmes comme la pêche intensive peut le faire. Les systèmes de recirculation en aquaculture (ou RAS) permettent de limiter les risques de contamination des cours d’eau par des produits pharmaceutiques ou pathogènes. Ils favorisent aussi grandement la réutilisation des eaux usées. Avec seulement 0,4 % d’eau ajoutée dans le circuit, 99,6 % de l’eau nécessaire peut-être réutilisée directement sur site.

Peut-on encore l’améliorer ?

L’aquaculture peut néanmoins présenter certains inconvénients : les cycles de production sont plus longs (1 à 3 ans) et ce mode de culture est sujet à la prolifération de maladies et à l’anoxie (manque d’oxygène) à la fois dans la ferme et dans l’environnement par le biais des eaux libérées. En effet, la gestion des environnements aquatiques est très délicate. Elle implique de nombreux paramètres comme la lumière, le pH, le débit et la température. S’appuyant sur le RAS, Aqua4C est un parfait exemple de résolution des inconvénients traditionnels de l’aquaculture. Faisant initialement l’objet d’un projet de recherche, cette ferme piscicole située à Kruisem en Belgique a rapidement pris un tournant commercial. Sa particularité ? Elle se présente comme la ferme piscicole la plus durable au monde. Pourquoi ? Parce qu’elle produit l’un des poissons les plus écologiques au monde, de la façon la plus durable qui soit.

Le poisson de demain est végétarien et social

Ce poisson, le bar Oméga, est végétarien : il ne mange que des céréales et des graines et possède un indice de consommation de 1,2 kg. Son goût rappelle celui de la sole, et il doit son nom à sa forte teneur en oméga 3. Il s’agit d’un poisson d’eau chaude qui est plus avantageux sur le plan économique car il se développe plus rapidement. C’est aussi un poisson social qui ne subit pas de stress au milieu d’un grand nombre de congénères. Enfin, il s’agit d’un poisson d’eau douce, ce qui est essentiel pour la gestion de l’eau de la ferme.

En effet, Aqua4C a développé un modèle révolutionnaire à la fois durable et complémentaire, où les fermes piscicoles ne consomment pas d’eau issue du réseau et ont un besoin très limité en énergie. Leur mode opératoire ? Grâce à un partenariat avec le producteur de tomates voisin : ce dernier fournit à Aqua4C de l’eau de pluie collectée naturellement dans ses serres, tandis que Aqua4C lui fournit le produit des systèmes de filtrage qui sert de fertilisant. Les résidus solides peuvent aussi servir à la production de biogaz, pour parfaire le bilan énergétique.

Collaborer avec Air Liquide pour plus d’efficacité et de durabilité

Malgré ce fonctionnement exemplaire, en 2019, la ferme a décidé de modifier un élément clé dans la survie de ses poissons : la fourniture en oxygène liquide. Charles-Aimé Fransman, responsable opérationnel chez Aqua4C, explique ce choix ainsi : « Jusqu’alors, nous utilisions un générateur d’oxygène, mais la fiabilité de ce type d’équipement n’est pas optimale. À la moindre panne, nous devions utiliser un système de secours (des bouteilles d’oxygène) en espérant que le générateur pourrait être réparé avant que le système de secours soit épuisé. On a vu gestion plus sereine ! Le Le système demandait également une maintenance importante, tout en étant peu flexible : impossible, par exemple, d’avoir un débit d’oxygène plus rapide en cas de besoin. »

Après avoir consulté plusieurs experts en aquaculture, la ferme a opté pour un système s’appuyant sur de l’oxygène pur (livré sous forme liquide et injecté sous forme gazeuse). C’est là qu’est intervenu Air Liquide. « Nous recherchions un nouveau fournisseur de bouteilles d’oxygène pour notre système de secours, et Air Liquide nous a proposé une offre globale très compétitive. Ceci nous a permis d’optimiser les coûts et d’améliorer notre efficacité » explique Charles-Aimé Fransman.

La durabilité de l’approvisionnement était un autre facteur clé de ce choix. Grâce à une production et à un transport neutres en carbone, Air Liquide proposait un oxygène plus écologique que celui provenant d’un générateur. « En matière de coûts globaux, la solution d’Air Liquide n’est pas plus coûteuse que notre ancienne installation avec générateur d’oxygène, et nous permet d’en exploiter pleinement les avantages. Bref, nous avons trouvé une source d’oxygène fiable et une tranquillité d’esprit qui nous manquait parfois », résume Charles-Aimé Fransman.

Augmenter la production, mais pas seulement

Aqua4C prévoit actuellement d’augmenter considérablement sa production d’ici 2024 avec une nouvelle exploitation, mais elle souhaite également transformer elle-même ses poissons, notamment les mettre en filets et les conditionner. Ainsi, elle pourra optimiser les contrôles qualité jusqu’au point de vente. « Ce qui est sûr, c’est qu’Air Liquide restera notre fournisseur d’oxygène », conclut Charles-Aimé Fransman.

L’exemple d’Aqua4C témoigne du potentiel colossal des systèmes d’aquaculture. Ce type de culture offre une grande capacité de production tout en réduisant l’impact de la surpêche sur les écosystèmes et en limitant les rejets d’eaux usées. Les technologies spécialisées vont poursuivre leur évolution, et de nouvelles applications pourraient voir le jour. Pour sa part, Air Liquide se positionne comme un acteur de premier plan pour ce secteur et entend soutenir une production sûre et durable pour répondre à une demande alimentaire mondiale croissante.