Le craquage de l’ammoniac, pierre angulaire d’une filière hydrogène mondiale bas carbone
Publié le 10 avril 2026
4 minutes
Le mois de novembre 2025 a marqué la mise en service de la première unité pilote au monde de production d’hydrogène (H₂) par craquage de l’ammoniac (NH₃) à l’échelle industrielle. Située dans le port d’Anvers-Bruges, en Belgique, cette usine capable de convertir 30 tonnes d’ammoniac en hydrogène par jour permet de lever un obstacle majeur à la mise en place d'une économie de l'hydrogène véritablement mondiale et bas carbone.
Une unité pilote qui ouvre la voie
Pionnier de l’hydrogène, Air Liquide développe depuis plus de soixante ans des technologies innovantes qui lui permettent aujourd’hui de produire cette molécule à grande échelle. La mise en service de l'unité pilote d’Anvers‑Bruges ouvre la voie au développement du craquage de l’ammoniac pour produire de l’hydrogène renouvelable et bas carbone.
30 tonnes d’ammoniac craqué par jour
Une molécule clé pour l’industrie bas carbone
Cette molécule dispose en effet d’atouts de taille. Tout d’abord, en amont de la chaîne, l’ammoniac peut être produit avec une faible empreinte carbone dans les régions dotées de nombreuses sources d'énergie renouvelable, telles que l'énergie solaire, hydraulique et éolienne. Deuxièmement, contrairement à l’hydrogène qui est extrêmement léger et volatil, celui-ci peut être facilement acheminé en grandes quantités et sur de longues distances. Ce point est crucial car il permet de répondre à l’un des défis majeurs du développement de la filière hydrogène. Enfin, les infrastructures de transport de l’ammoniac liquide existent déjà, puisque 25 millions de tonnes1 de cette molécule circulent chaque année dans le monde. Ces trois facteurs font du craquage de l’ammoniac une technologie déployable à grande échelle en s’appuyant sur des infrastructures existantes, un atout clé pour l’industrialisation du procédé.
“Notre enjeu prioritaire est d'optimiser la sécurité, la durabilité, la fiabilité ainsi que la performance de l'unité mais aussi de toutes celles à venir.
”
Nicolas Ramenatte
Ph.D. Responsable de l'équipe Intégrité des matériaux, Campus Innovation Paris d’Air Liquide
Du laboratoire à l’usine
L’unité pilote installée dans le bassin industriel du port d’Anvers-Bruges est la démonstration de la capacité d’Air Liquide à passer du développement à la mise en œuvre industrielle. La synergie entre les équipes de R&D, d’Ingénierie et des Opérations a permis la sortie de terre du projet et la concrétisation de cette vision industrielle, témoignant des capacités du Groupe et de ses équipes à apporter des solutions utiles et concrètes. Car l’hydrogène peut être utilisé dans de nombreux secteurs. « En réalisant ce projet, nous développons une nouvelle technologie, un nouveau procédé pour fournir de l’hydrogène à nos clients de la chimie, de la pétrochimie et de la mobilité », confirme Felix Cock, Responsable Technologies & Stratégie Transition Énergétique, Europe du nord et centrale, chez Air Liquide.
“En réalisant ce projet, nous développons une nouvelle technologie, un nouveau procédé pour fournir de l’hydrogène à nos clients de la chimie, de la pétrochimie et de la mobilité.
”
Felix Cock
Technologies & Stratégie Transition Énergétique, Europe du nord et centrale, Air Liquide
Et la suite ?
Un intérêt grandissant pour l’importation et le craquage de l’ammoniac est déjà constaté en Europe, en Corée du Sud et au Japon. L’Agence internationale de l'énergie estime que d'ici à 2050, le marché de l'ammoniac renouvelable et bas carbone pourrait atteindre 200 millions de tonnes par an². Air Liquide se positionne pour saisir ces opportunités, avec un nouveau projet déjà sur les rails, toujours dans le port d’Anvers-Bruges : une nouvelle unité de craquage d’ammoniac dotée d’un liquéfacteur d’hydrogène. Ce projet, qui a reçu une subvention de 110 millions d’euros du Fonds européen pour l’innovation, marquerait une nouvelle étape vers l’industrialisation de la technologie du craquage de l’ammoniac.
Le craquage de l’ammoniac repose sur la séparation de molécules d’ammoniac en molécules d’azote et d’hydrogène. Concrètement, l’ammoniac (NH₃) est acheminé sous forme gazeuse dans un four de craquage catalytique chauffé à plus de 500°C. C’est ce procédé à très haute température qui permet de séparer les molécules d’azote (N₂) et d’hydrogène (H₂). Le gaz craqué chaud est ensuite refroidi puis nettoyé, avant de passer par un procédé d’absorption à pression modulée, qui permet d’isoler les molécules d’hydrogène avant de les purifier. Le N₂, capté par un absorbant, est quant à lui réinjecté dans le système et ajouté aux autres carburants pour alimenter les brûleurs et chauffer le catalyseur. La vapeur produite par le refroidissement est recyclée, et la combustion dans le four n’émet pas de CO₂, faisant du craquage de l’ammoniac une technologie non seulement innovante, mais aussi à faible empreinte carbone.
2. IEA (2021), Nitrogen demand by end use and scenario, 2020-2050, IEA, Paris.