Une eau plus propre grâce à la chimie circulaire

Publié le 21 février 2022

Et si les déchets dangereux pouvaient se transformer en ressources ? La scale-up belge Inopsys a développé, avec l’expertise d’Air Liquide, une toute nouvelle technologie qui utilise un processus circulaire et durable pour donner une seconde vie aux eaux usées industrielles toxiques, en récupérant de l’eau propre et des matières premières.

Traitement écologique des déchets pharmaceutiques

Garantir l’accès à une eau saine est un défi mondial croissant. Une variété de processus industriels génèrent des flux de déchets complexes contenant un mélange de substances organiques toxiques, de métaux et d’ingrédients pharmaceutiques actifs (API) difficiles à éliminer. La gestion de ces flux implique le plus souvent de les expédier hors site, parfois sur de longues distances, pour être brûlés en tant que déchets – un processus à forte intensité carbone qui détruit à la fois l’eau et les composants potentiellement précieux qu’elle contient, notamment des métaux (palladium, platine, zinc, vanadium, etc.) et des solvants.

Pour répondre à ce besoin spécifique et proposer une alternative plus durable, Air Liquide a investi et lancé un partenariat avec Inopsys, une entreprise belge en plein essor qui a mis en place une solution innovante pour traiter les flux de déchets pharmaceutiques, sans rejeter de matières dangereuses dans la nature. Dans une dynamique d’innovation ouverte, les deux entreprises ont conçu ensemble une solution pour le site de production d’une multinationale pharmaceutique en Belgique.

« Même si le processus ne laisse que des traces de substances pharmaceutiques dans l'environnement, l’objectif est d’atteindre le plus haut niveau de purification possible », explique Ivan Pajolli, Directeur marketing monde Utilities, Recycling & Waste chez Air Liquide. « La solution d’Inopsys s’appuie sur la combinaison de trois technologies différentes, permettant une décontamination nettement plus efficace par rapport à la mono-technologie standard. La technologie hybride d’Inopsys a réduit les 20 API contenus dans les eaux usées du client à moins de 0,01 partie par milliard, ce qui est inférieur aux directives sur les concentrations prévues sans effet (PNEC). »

La technologie centrale utilisée est l’ozonolyse, qui nécessite de l’ozone (O3). Et l’oxygène que fournit Air Liquide est la principale matière première pour produire de l’O3. « Nous nous sommes associés à Inopsys en tant que fournisseur de gaz, mais nos ingénieurs ont également partagé leur expertise en R&D pour obtenir la génération et le dosage d’ozone les plus adaptés », poursuit Ivan Pajolli.

Des économies d’énergie à moindre coût

L’autre avantage de cette nouvelle technologie : la réduction des émissions de CO2. Elle requiert moins d’énergie que les procédés standard, en plus d’éviter le transport et la combustion des déchets. Unité modulaire et mobile, ce dispositif est personnalisé en fonction des besoins du client, puis installé, exploité et entretenu sur site par Inopsys pendant la période requise. Cette offre clé en main permet aux entreprises de bénéficier d’une solution à moindre risque, plutôt que d’utiliser des traitements ou systèmes d’incinération plus coûteux et surtout très énergivores.

Pionnier dans le développement de procédés industriels plus durables et innovants, Air Liquide veut poursuivre  son partenariat avec Inopsys, et l’accompagner dans le développement de ses technologies pour répondre aux différents défis de ses clients industriels à travers le monde en matière de traitement des eaux.

Jusqu'à 1 tonne de CO2 eq par m3 d'eaux usées traité

Jusqu'à 30 % d'économies par rapport à l'incinération

Jusqu'à 99.99999 % de 23 API traités en une seule fois

Entretien avec Steven De Laet, PDG d'Inopsys

Qu’est-ce qui différencie la technologie Inopsys ?

Les flux d’eaux usées provenant de la production de produits chimiques et pharmaceutiques fins sont très complexes – c’est comme une soupe composée de tout un mix d’ingrédients. Tous ne sont pas toxiques ou non biodégradables. Notre système utilise une combinaison  de technologies faite sur-mesure pour permettre une dégradation hautement sélective de certains composés, comme les API, sans dégrader les substances organiques qui peuvent être traitées biologiquement dans une station d’épuration. Alors que d’autres technologies privilégient une approche plus large de destruction, la nôtre cible et ne s’attaque qu’aux composants à l’origine des problèmes.  Non seulement cette solution hybride permet un recyclage de l’eau plus fiable mais elle consomme aussi moins d’énergie.

Pourquoi avez-vous choisi de travailler avec Air Liquide ?

Nous nous sommes aperçus, lorsque nous avons rencontré les experts de l'équipe ALTEC (réseau d'experts en applications des gaz d'Air Liquide), que nous partagions la même vision : celle de développer des solutions d’assainissement plus efficaces. Pour répondre aux défis spécifiques de de l’industrie pharmaceutique, nous avons conçu ensemble la technologie des procédés d’oxydation avancés à base d’ozone. Nous avons également travaillé ensemble pour mettre au point une application qui utilise le CO2 pour récupérer le palladium. D’autres technologies que nous développons vont quant à elles requérir de l'azote. Je vois donc de multiples synergies possibles dans les années à venir qui nécessiteront les fournitures, les infrastructures et l’ingénierie d’Air Liquide.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ?

Les micropolluants, plus connus sous le nom de « produits chimiques éternels » (perturbateurs endocriniens, PFAS, etc.), constituent de plus en plus un enjeu à l’échelle mondiale. Certains d’entre eux pénètrent le traitement des eaux usées à de très faibles concentrations et provoquent un problème chronique en  s’accumulant dans l’environnement. On reconnaît de plus en plus la nécessité de purifier  les flux de déchets pour éliminer ces composés. Nous investissons dans la R&D pour trouver des solutions innovantes à ce type de défis, afin de préparer au mieux nos clients aux futures réglementations.